Le monde de la technologie a toujours été fasciné par ceux qui le dominent – des hommes et des femmes dont les décisions influencent des milliards de vies chaque jour. Peu de personnalités incarnent mieux ce phénomène que Mark Zuckerberg, PDG et cofondateur de Meta (anciennement Facebook). En deux décennies, il est passé d’un jeune diplômé à une idée audacieuse à l’un des leaders les plus puissants et controversés de la technologie mondiale.
L’un de ses proches, Daniel Ek, l’entrepreneur suédois à l’origine de Spotify, a récemment évoqué l’image publique de Zuckerberg dans une interview accordée à Forbes. Selon Ek, le monde ne voit pas une seule personne lorsqu’il regarde Zuckerberg. Le public perçoit plutôt trois versions différentes de lui – trois « personnalités » qui ont émergé au fil des ans, façonnées par les scandales, l’innovation et les changements de responsabilités.
La première version décrite par Ek est celle que le grand public connaît le mieux grâce à Hollywood. Il s’agit de la « marque du réseau social », inspirée du portrait de Zuckerberg dans le film de David Fincher, The Social Network, sorti en 2010. Dans ce film, il est présenté comme un jeune homme socialement maladroit, ambitieux et parfois impitoyable, prêt à sacrifier ses amitiés pour faire de Facebook un géant de la Silicon Valley. Selon Ek, cette image est restée gravée dans l’imaginaire collectif. Pour beaucoup, Zuckerberg reste ce prodige égocentrique qui privilégie l’épanouissement personnel aux relations personnelles ou à l’éthique.
Ek note que cette image est « maladroite, égocentrique et prête à passer outre ses amis », ce qui ne reflète peut-être pas pleinement le véritable Zuckerberg aujourd’hui, mais elle demeure une perception publique puissante. La « Marque des réseaux sociaux » représente l’ambition à tout prix – une image qui continue de teinter la façon dont les critiques, les journalistes et même les concurrents parlent de lui. La deuxième personnalité identifiée par Daniel Ek est ce qu’il appelle la « Marque du Mal ». Cette image est apparue lors de l’un des chapitres les plus turbulents de l’histoire de Facebook : le scandale Cambridge Analytica.

En 2018, il a été révélé que Cambridge Analytica, un cabinet de conseil politique lié à la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016, avait collecté les données personnelles de près de 87 millions d’utilisateurs de Facebook sans leur consentement. Ce scandale a déclenché une tempête mondiale sur la vie privée, la protection des données et le pouvoir incontrôlé des plateformes de médias sociaux.
À cette époque, les gouvernements, les régulateurs et le public ont commencé à considérer Zuckerberg non seulement comme un brillant entrepreneur, mais aussi comme une figure dangereuse à la tête d’une entreprise susceptible d’être instrumentalisée pour manipuler les élections et saper la démocratie. Le Parlement britannique a même saisi des fichiers internes de Facebook, soulevant de vives interrogations quant à l’étendue des connaissances de l’entreprise et à son éventuelle indifférence face à l’utilisation abusive des données à des fins politiques. Le résultat fut catastrophique : la valeur boursière de Facebook a chuté de près de 100 milliards de dollars en quelques jours, et Zuckerberg lui-même a été traduit devant le Congrès américain pour répondre à des questions difficiles.
Enfin, Ek évoque ce qu’il appelle la « Marque moderne ». Il s’agit d’une version plus mesurée et authentique de Zuckerberg, apparue ces dernières années. Après avoir surmonté scandales, auditions au Congrès et critiques incessantes, Zuckerberg est devenu un leader conscient de la lourde responsabilité qui accompagne la gestion d’une plateforme utilisée par des milliards de personnes. Selon Ek, cette version de Zuckerberg a tiré les leçons du passé et cherche à prendre des décisions en étant davantage conscient de leur impact social. La « Marque moderne » n’est ni le hacker impitoyable dépeint dans The Social Network, ni le méchant de la crise de Cambridge Analytica.
Pourtant, comme l’observe Ek, les autres « personnalités » n’ont pas complètement disparu. L’ambition et l’obstination de la « Marque des réseaux sociaux » refont surface, notamment lorsque Zuckerberg promeut des projets controversés dont d’autres doutent, comme le métavers. Sa persistance à miser des milliards sur la réalité virtuelle et augmentée démontre qu’il conserve le même esprit audacieux et audacieux, même lorsque les investisseurs et le public sont sceptiques. De même, l’ombre de « Evil Mark » plane toujours dès que de nouvelles controverses sur la confidentialité ou la modération des contenus surgissent. Pour les critiques, une seule erreur peut facilement raviver le sombre récit d’un PDG technologique qui privilégie la croissance à l’éthique.